Dans la robe d’un Jurat de Saint-Emilion !

Dans la robe d’un Jurat de Saint-Emilion !

La robe rouge des Jurats de Saint-Emilion n’est pas un simple habit. C’est un lien entre la Jurade médiévale et celle reconstituée en 1948.

La robe rouge des Jurats de Saint-Emilion n’est pas un simple habit. C’est un lien entre la Jurade médiévale et celle reconstituée en 1948. Elle représente la force des viticulteurs de Saint-Emilion : s’appuyer sur le passé, pour bâtir l’avenir. Pour le comprendre, nous nous replongeons dans un jour historique : le 18 septembre 1948.

« Saint-Emilion a fait renaître sa Jurade »

Sur une pleine page, le Journal Sud Ouest l’annonce en 1948 : « Saint-Emilion a fait renaître sa Jurade ». L’envoyé spécial décrit les Jurats et leur fière allure, vêtus de leurs « robes rouges, agrémentées du chaperon blanc ». Leur première visite est pour le maire de Saint-Emilion. C’est une démarche logique. Au Moyen-Âge, la commune de Saint-Emilion était dirigée par un maire. Au XXe siècle, il n’a plus les mêmes fonctions qu’au XIIIe siècle, mais c’est devant lui que les nouveaux Jurats viennent prêter serment.

De nos jours, la Jurade de Saint-Emilion intronise de nouveaux membres en juin ou à la mi-septembre pour le ban des vendanges. Mais en 1948, c’est l’ensemble des Jurats qu’il a fallu introniser. La Jurade médiévale avait en effet été dissoute au moment de la Révolution française. En 1948, elle est reconstituée, avec l’idée d’en faire un outil de communication au service des vins. Ainsi, le maire de Saint-Emilion interpelle solennellement les Jurats :

« Jurez de travailler pour le bon renom de votre cité et de son vignoble dans la tradition d’honneur de vos pères ».

Ce à quoi les Jurats répondent : « Nous le jurons ».

Le progrès, c’est la tradition en marche

Après la cérémonie à la mairie, les Jurats défilent dans la cité. Le spectacle a de quoi étonner. L’envoyé spécial de Sud Ouest se demande si l’on est « toujours au siècle de l’atome maléfique », alors qu’il a l’impression de revivre le « Moyen Âge luxuriant que chantèrent les poètes des fabliaux ». La Jurade de Saint-Emilion a en fait un pied dans la tradition, l’autre fermement ancré dans le présent. En 1948, l’abbé Bergey, curé de Saint-Emilion, résume parfaitement la situation. À l’église collégiale, il explique que la Jurade représente le progrès, car « le progrès, c’est la tradition en marche ». Cette parole est restée gravée dans l’esprit de Jacques Bertrand, l’un des plus anciens Jurats.

« Cette phrase a un sens extraordinaire, car à Saint-Emilion on a toujours été novateur. On a créé le premier syndicat viticole en France, avec la volonté de travailler ensemble. On a aussi été l’une des chevilles ouvrières pour la création des Appellations d’Origine Contrôlée. On est moderne, tout en s’appuyant sur nos valeurs. »

Pour chaque Jurat, c’est aussi le sens de la robe rouge des Jurats de Saint-Emilion : avoir des repères, pour mieux avancer.

Dernière mise à jour le : 24/01/2017